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De la génération steak-frite à la génération Végan.

Durant ces derniers mois passés dans les pays en “Stan”, je me suis souvent dit que nous sommes passés, en quelques années, de la génération steak-frite à la génération végan.

Je m’explique, hier comme aujourd’hui, nous autres occidentaux avons toujours eu la tendance d’imposer nos standards au reste du monde. Vocation messianique plus ou moins conscientes de nos civilisations. Les prêtres des époques pré-coloniales puis coloniales, imposaient aux femmes de se couvrir, le touriste des années 80 réclamait son steak-frite et celui des années 2010 veut désormais son menu végétarien, voire végan. Cela peut prêter à sourire, mais imaginez le casse-tête que cela représente pour des populations perdues dans les steppes, et alors même que leur propre alimentation est majoritairement carnée, de proposer une menu végan à leurs jeunes clients, bien souvent cycliste et très “écologique”. Je mets écologique entre guillemet, parce que même s’ils n’en ont pas conscience leurs exigences imposent le plus souvent de faire venir ces denrées par camions dans ces régions isolées et dépourvues de culture. Telle est la réflexion que je me suis faite un jour, alors que la responsable d’une petite guest-house aux pieds des contreforts des montagnes Tadjik me proposait un menu végan. Elle ne fait en cela que s’adapter à la demande de sa clientèle (ces régions sont en effet désormais de véritables autoroutes à touristes à vélo et moto durant la période estivale).

Bref, cela n’était qu’une simple réflexion, une anecdote sans réelle importance, pensais-je. Pourtant, une actualité récente m’y a fait repenser et prendre conscience que nos travers sociétales pouvaient parfois même avoir des conséquences bien plus graves.

Il est de bon ton désormais dans nos civilisations et en France en particulier, de contester l’utilité des vaccins.  j’ai souvent des discussions, parfois animées, avec des certains de mes amis à ce sujet (que j’adore par ailleurs, là n’est pas la question). J’essaye de leur expliquer que j’ai personnellement grandi dans un pays et à une époque ou les vaccinations n’existaient pas, et j’ai pu voir de mes yeux d’enfants, les ravages d’une maladie comme la polio. Je crains fort de n’être jamais parvenu à les convaincre.

Je vais être clair : une personne qui ne se vaccine pas en Occident, ne risque pas grand chose du fait de la masse des gens vaccinés. La probabilité qu’il se trouve exposé à une personne contaminée et donc contaminante est infime. En outre, même dans le cas où il serait effectivement contaminé, notre système de soin lui garanti une qualité de traitement qui n’existe pas dans dans bien d’autres pays.

Il en va tout autrement lorsqu’il se rend dans des contrés où les conditions sanitaires sont loin de celles dont nous bénéficions. Il prend alors de vrais risques. Mais au-delà des risques qu’il prend, ce qui m’apparait vraiment plus grave c’est que potentiellement il en fait prendre aux populations des pays dans lesquels il se rend comme le prouve l’incident ayant eu lieu récemment au Costa-Rica où des touristes Français ont réintroduit le virus de la rougeole dans un pays qui en était exempt depuis 2014. En étant allé dans un pays où beaucoup d’enfants n’ont pas accès à des soins de qualités avec un enfant non vacciné et qui, de surcroit, avait été, ils le savaient, en contact avec des enfants malades, ils portent une lourde responsabilité.

Pour que chacun prennent conscience de la gravité d’une telle situation (et de l’intérêt des vaccins), je me contenterai de rapporter ici le témoignage d’un ami travaillant dans l’humanitaire :

La rougeole a tué plus de 60 enfants dans le Manièma région de Kindu vers 2002/2003, ou les conditions de circulation n’avaient pas permis aux vaccins d’arriver pour le première campagne,

Pour la deuxième campagne , MSF Belgique a pu accéder à cette région en 2010/2011 (?) : deux enfants morts.

En conclusion, pour voyagez responsable, commencez par manger local et oublier votre steak-frite ou votre menu végétarien … et vaccinez-vous… sous peine de vous transformer en conquistador du 21eme siècle (pour rappel, l’arrivée des conquistador au XV siècle a littéralement décimé les populations amérindiennes par l’introduction de maladies pour elles inconnues : grippe, variole, etc ).

Cela est un simple question de responsabilité et de respect envers les populations que vous allez visiter.

Et puisque je suis dans la période réflexion, un petit documentaire qui n’a rien à voir avec l’objet de ce post mais que j’aime beaucoup. A regarder jusqu’à la fin…

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2 Comments

  • Reply Laurent ARNOULD 25 février 2019 at 8 h 07 min

    J’adore l’ironie de ta video ! excellente !

    Dans ton texte auquel j’adère, je n’ai tout de même pas compris en quoi la consommation végan est moins écologique et pourquoi faire venir ces denrées par camions dans ces régions isolées et dépourvues de culture alors que probablement nourrir ces animaux faire venir des quantités encore plus importante de végétaux.

    • Reply Jean-jacques ANEYOTA 25 février 2019 at 20 h 49 min

      On ne fait pas venir des végétaux : c’est de la steppe à perte de vue. Les animaux se sont adaptées à ces milieux.En revanche, pour faire des cultures à grande échelle déjà, je pense que cela ne pourrait se faire qu’en basse altitude et ensuite impliquerait de pomper encore plus dans les fleuves … lesquels sont mis plus que de raison à contribution les cultures de coton que l’on trouve en dans les plaines … ce qui sur ces dernières années a provoqué l assèchement de la mer Aral. Catastrophe écologique majeure de la région. Vents de sable et de sel très préjudiciable pour les habitants de plaines.an Par ailleurs, que cela soit steak frite, ou menu végan, cela procède du même schéma de pensée : on voyage mais on veut que ce soit “comme à la maison”… travers qui me faisait déjà hurler dans les années 1970, alors que je vivais en Turquie, lorsque je voyais des touristes français. Plus d’une fois, je me souviens avoir eu honte de tel ou tel comportement de mes compatriotes.. alors que je n’étais qu’un enfant. C’est une forme de néocolonialisme inconscient.

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