Non classé, Turkmenistan

Achgabat, la capitale de marbre blanc

 

 

Avertissement : JE NE SUIS PAS JOURNALISTE, mais juste blogueur voyageur.… Cela signifie que ce que je n’ai pas (pu) vérifier l’ensemble des informations ci-dessous. La plupart d’entre-elles sont avérées. Pour d’autres, je ne puis en certifier l’absolue véracité.

Et aussi : post écrit d’un jet.. donc maladroit et sans doute bourré de fautes… désolé…

 

Sixième jour – Dimanche 2 décembre 2018. Suite

 

Ce matin-là, en revenant dans ma chambre après mon petit-déjeuner, je surprends un homme en train d’examiner mon matériel vidéo. La femme de ménage faisait (mal) le guet. Le physique athlétique de l’homme ainsi que sa coupe de cheveux ne me laissent guère de doute. Il ne s’agit pas d’un simple garçon d’étage… par ailleurs, selon certaines rumeurs, toutes les chambres seraient pourvues de micro …

 

Je vérifie mon matériel et redescends au bar ou je retrouve les français croisés durant le petit-déjeuner : on est dimanche et ils ne travaillent pas. Le temps est toujours à la grisaille et j’avoue que cela me fait du bien de parler un peu ma langue.

Cela me permet également d’en apprendre un peu plus sur Achgabat (ou plutôt Aşgabat pour respecter l’orthographe Turkmene) et le Turkménistan.

 

Aşgabat.

Aşgabat, signifie la ville (abat) de l’amour (Aşg). Mais il serait plus judicieux de l’appeler la ville blanche : tout est blanc ici. Les immeubles sont faits de marbre blanc construit de part et d’autre de larges avenues qui font pour les plus imposantes jusqu’à 12 voies (oui 12 ! le standard étant de 6/8 voies) et pourvues d’arrêts de bus… climatisés  (il faut dire que l’été, Aşgabat est une fournaise). Les voitures également sont blanches, c’est obligatoire. Seuls les membres du gouvernement sont autorisés à avoir une voiture foncée.

Ah oui, voitures blanches … et PROPRES… sous peine d’amendes … mais il semble que la police soit sur ce point assez accommodante… il suffit d’avoir en permanence un bidon d’eau, une éponge et un chiffon dans le coffre. Si vous êtes arrêté, la police vous laisse nettoyer votre véhicule et repartir sans payer d’amende. Sous l’ancien président, il était interdit d’écouter de la musique en roulant.

La presse, sous contrôle, est uniquement étatique. D’ailleurs la maison de la presse, de marbre blanc bien entendu, et en forme de livre fermé (symbolique ?) trône au milieu de la ville. La fonction principale des journaux est simple : Il s’agit de glorifier et mettre en scène le président sous le meilleur angle possible. Tout ce qui pourrait le ridiculiser ou le prendre à défaut est censuré. Ainsi, il y a quelques années alors qu’il avait chuté de cheval, les services de sécurité avaient consciencieusement fouillé tous les spectateurs (et par la suite tous les passagers en partance de l’aéroport) afin d’éviter qu’une vidéo ne fuite… en vain puisqu’un étranger présent avait réussi à sortir les images et les mettre sous youtube (vidéo ici)… moindre mal pour le président puisque ce site, ainsi que facebook, ou encore what’app ne sont pas accessibles depuis le Turkménistan.  Plus grave, un arsenal d’anciennes munitions du temps des soviétiques a explosé provoquant la mort de plus de 1000 personnes et rasant un village entier. Dans la presse locale, ils parlèrent alors d’une explosion de feux d’artifice. Quant à la presse internationale, elle n’entendit même jamais parler de cette histoire.

Autre bizarrerie, dans ce pays à majorité musulmane et dont le président est lui-même musulman, il y a une véritable défiance envers toute personne « trop » religieuse. Ainsi pour travailler sur certains chantiers, il est obligatoire de … se raser… les autorités pensant que les intéressés prouvent par là-même leur « neutralité ».

 

Aşgabat, c’est également la folie des grandeurs, au grand bénéfice de la France (Bouygues s’y taille la part du lion) et de la Turquie qui se partagent les contrats de construction. Cela se chiffre en milliard de dollars. Il faut dire que de nouveaux chantiers sont sans cesse entrepris depuis plusieurs années. Et ceux-ci sont de plus en plus pharaoniques et luxueux. Les normes antisismiques sont parmi les meilleures au monde. Ainsi l’hôtel où je suis, est prévu pour résister à des tremblements de terre de 9,5 sur l’échelle de Richter qui en compte… 10. Les lustres quant à eux, sont tous en cristal de Swarovski. Et encore, c’est loin d’être le plus luxueux. L’un des palaces aurait été pourvu d’un lustre d’une valeur de plus de 2 millions d’euros. Ailleurs, il a été construit une salle de séminaire de .. 7000 m2 (sans un seul pilier …), elle même pourvu d’un tapis turkmène – fait main – de … 1000 m2 …

Mais ce qui m’a le plus impressionné, c’est l’avenue des Ministères : une avenue qui doit faire plus de 2 km de long (il me faudra près de 4 mn pour la parcourir à moto – voir la vidéo ci-dessous) et 12 voies de large (2 voies extérieures, 4 intérieures et la même chose dans le sens inverse), bordée par des bâtiments pharaoniques et tous conçu selon une architecture originale – exemple : le ministère de la culture a la forme d’un livre ouvert, le ministère de l’intérieur est coiffé d’un globe bleu, la faculté dentaire a la forme … d’une dent et un bâtiment initialement prévu pour être le ministère de l’écologie (qui n’a jamais vu le jour, je veux parler du Ministère …) a quant à lui la forme d’une goutte d’eau (il a au final été construit sur un autre site que celui initialement prévu et est l’un des hôtels les plus luxueux d’Aşgabat).

 

Je passe ainsi l’après-midi à discuter de ce pays si paradoxal. Une capitale ultra-moderne, pharaonique et futuriste dans un pays dont le réseau routier est, en dehors des environs immédiat d’Aşgabat, disons… perfectible. Une ville où l’eau coule à flot depuis des centaines de fontaine dans un pays … en majeure partie désertique. Un régime qui offre au citoyen, au moins à Aşgabat, logement, chauffage et électricité gratuit… mais qui dans le même temps, divise arbitrairement les salaires par 3. Un pays sans liberté d’expression mais qui a su en quelques années rétablir un fort sentiment national, ce qui n’était pas de prime abord gagné après des années d’acculturation par le régime soviétique. Un pays dont le peuple, naguère libre et nomade, et sédentarisé de force par les soviétique, continue de se soumettre à une administration parmi l’une des plus strictes au monde.

 

En fin d’après-midi, je décide de partir vers Gökdepe, village situé à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de la capitale. Selon les informations que j’ai, je devrais pouvoir y trouver un haras de chevaux Akhal-Teke, ce cheval Turkmène à la robe dorée. Mais ce faisant, je le sais, je sors de l’itinéraire sur lequel je suis censé me cantonner. D’autres voyageurs qui s’y sont risqués, m’ont confié avoir été rappelé à l’ordre à la fois par la police et les militaires. Mais advienne que pourra. Mon GPS indique un point noté « horse farm ». Je décide d’aller voir de quoi il s’agit. J’engage Utopia sur une très belle autoroute, qui au bout de 30 kilomètres se transforme en une large piste de terre. Une voiture grise, banalisée, me double alors. Dedans, j’aperçois des uniformes. Ils me font signe de m’arrêter. J’obtempère pestant intérieurement. Zut, mon escapade aura été de courte durée. Je les salue en arborant un large sourire et je leur dis « Akhal-teke, akhal-teke » en désignant la route devant nous. Leur attitude, de prime abord suspicieuse, change du tout au tout. Oui, oui Akhal-teke me répondent-ils en souriant. Et sans autres questions, ni contrôles, ils me laissent repartir. Chance ? Peut-être, sans doute même. Mais je sais aussi que ce cheval est une fierté National pour ce peuple naguère nomade. C’est même l’une des passions du Président. Le fait qu’un étranger s’y intéresse a sans doute joué dans le cas présent.

Lorsqu’enfin j’arrive à la ferme, la nuit est proche. Je suis dépité : même si j’y trouve quelques chevaux, c’est loin d’être ce que j’imaginais. J’essaye malgré tout d’obtenir l’autorisation d’y planter ma tente mais en vain. Il me faut repartir.

Quelques kilomètres plus loin, j’avise un petit bois, idéal pour y planter ma tente et passer la nuit.  Demain est un autre jour….

 

 

 

 

 

Septième jour – Lundi 3 décembre 2018.

 

Lorsque je me lève, il fait grand beau temps. Le temps de me faire un café et je repars à la recherche de mes Akhal-Teke. En fait, je crois m’être trompé : je suis allé à Gökdepe alors que le haras serait plutôt à Gökdere, un autre village assez proche. Seul problème : il n’apparaît pas sur mon GPS, il va donc me falloir revenir aux anciennes méthodes : regarder les panneaux et demander. Un premier panneau m’indique effectivement le village en question, mais très vite, je me perds sur une petite route de montagne proche de l’IRAN. Le long de la route, par endroit, je longe de longues résidences ceintes de clôtures blanches et vertes et toutes pourvues d’installations ludiques : parcs pour enfants et parcs aquatiques avec toboggans géants. J’aperçois bien quelques voitures de-ci de-là, mais elles ont l’air vides ou presque. La seule présence humaine sont des femmes occupées à balayer la route. J’avoue être intrigué. A qui sont destinés ces luxueuses résidences vides ?

Arrivé au bout de la route, je n’ai d’autre choix que de faire demi-tour. En revenant, j’avise un groupe de jeune militaires en train d’entretenir un parterre fleuri. Je m’arrête et prononce le mot magique : « Akhal-teke ». Ils me montrent la direction en souriant. Aucune animosité de leur part. Juste des sourires francs et sans détours. Ils me demandent de quel pays je suis et s’enquierent de ce que je pense du Turkménistan.

Un peu plus loin, je vois une sorte de chemin pédestre qui serpente dans la montagne. L’entrée est gardée par des militaires. J’hésite un instant puis je le dirige vers eux et leur demande ce qu’est ce chemin. Ils me font signe de monter si je veux….Je décline : trop haut, trop long et je repars à la recherche de mon cheval doré.

De proche en proche, en demandant sans cesse à toutes les personnes que je croise je finis par m’arrêter devant l’imposant portail du temple de l’akhal-teke. Las ! le portail est fermé et je ne vois personne aux alentours. Une voiture, blanche est-il besoin de le préciser, s’arrête. Un homme en sort, la petite trentaine. Je lui fais comprendre que j’aimerai visiter le haras. Il téléphone alors mais la réponse tombe : ce n’est pas possible. Je sors mon propre téléphone, et lui montre des photos de chevaux portugais. Il me demande si je suis cavalier. Je lui réponds par l’affirmative. Je le vois hésiter un instant puis il me demande de l’attendre 5 minutes. A son retour, il me dit de le suivre avec ma moto. Il prend sa voiture et 5 minutes après nous nous arrêtons devant l’entrée de service : Il fait partie des entraineurs.

Le domaine est monumental. Il comprend, entre autre, une piscine d’entrainement pour chevaux, un domaine de course digne de celui de Longchamp, des manèges et plusieurs écurie qui abritent au total plus de 600 chevaux. A cela, il faut ajouter les poulinière au pré avec leurs poulains. Plus de 1000 têtes !

Même si je tenais à les voir, j’avoue n’avoir jamais été particulièrement séduit par la morphologie de ces chevaux que je n’avais jusque-là vu que sur des photos. Mais à les voir de près, ils sont juste magnifiques, racés, près du sang, des naseaux larges et frémissants, une tête bien dessiné et fine. Des membres fins et secs. Des buveurs de vent, des coureurs de steppe.

Nous croisons l’un des jockeys. Un bon semble-t-il : il a couru à Paris. Nous nous saluons et je le vois repartir magnifique Land-Cruiser V8… cela paye d’être jockey au Turkménistan.

 

De retour à Aşgabat, je décide de longer la fameuse avenue des ministères. Elle est effectivement impressionnante et totalement VIDE. Les ministères sont tous du même coté : sur ma droite. Sur ma gauche, j’aperçois une curieuse roue, un peu comme celle de Paris, mais toute blanche et close. Je m’arrête devant l’un des ministères et sort mon appareil photo. J’ai à peine le temps de prendre une photo que j’entends sifflet sur ma droite. Je tourne la tête, et là, stupéfaction : l’esplanade, vide moins de 30 secondes auparavant, est couverte d’une vingtaine de militaires qui se dirigent vers moi. Je range discrètement mon appareil et les attends.

« No stop » me dit le premier qui arrivent vers moi. C’est dit sans agressivité, mais ne laisse place à aucune contestation. Innocemment, je lui demande ce qu’est le bâtiment derrière nous. Ministère me répond-il. Je remercie et redémarre.

Quelques heures plus tard, je repasse, sans m’arrêter, mais gopro allumée.

 

Pour l’heure je me dirige vers le centre-ville. La circulation est plutôt facile : très peu de voiture et des avenues monumentales. D’un coup, j’avise un parking …. plein ! Fais suffisamment rare pour attirer mon attention. Je m’y arrête : c’est un centre commercial. J’y prends mon déjeuner.

Estomac plein, le buffet était à volonté, je repars à la recherche d’une banque afin de changer les manats qui me restent en dollars. Las, ce n’est pas possible ! Dollars vers manat oui, mais l’inverse est impossible…

Dépité, je décide de quitter le pays. J’ai vu ce que je voulais et pouvait voir. Il y a bien un site que j’aurai aimé visiter mais il est à plus de 500 km. Trop loin.

Le premier contrôle de passeport se situe à une dizaine de kilomètres de Aşgabat et 25 kilomètres avant la frontière à proprement parler.

Je tends mon passeport ainsi que le papier sur lequel il est marqué 10 jours au militaire. L’homme prend un air catastrophé : big problem me dit-il : mon visa est expiré depuis 2 jours ! Je lui montre l’autre papier, mais non, non BIG PROBLEM !!! Il faut que j’aille aux services de l’immigration à Aşgabat ….

 

A suivre …..

 

Episode suivant : expulsé…. 😉

 

 

 

 

L’avenue des Ministères.
Une avenue de .. 12 VOIES (2 extérieures, 4 intérieures et la même chose dans l’autre sens)- Chaque bâtiment que l’on voit sur la droite correspond à un ministère différent. Tous en marbre blanc, tous selon un désign unique et original (par exemple le ministère de la culture ressemble à un livre ouvert). Il m’a fallu 4 minutes pour parcourir cette avenue à moto à une bonne allure.

Je me suis arrêté devant l’un deux pour prendre des photos. En moins de 30 secondes, l’esplanade était couverte de soldat et deux d’entre eux sont venu m’expliquer que les arrêts étaient interdits sur toute la longue de l’avenue.

 

Galerie Photo

 

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