Uzbekistan

Samarkand

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Samarkand : la ville écrin

Samarkand, la légendaire. Samarkand et ses dômes bleus. L’un des incontournables de la région. Comme à mon habitude je laisse Utopia et préfère déambuler dans la ville à pieds.

Les avenues sont larges et modernes. Les monuments sont magnifiques … dans leurs écrins murés. Cachez-moi cette ville que je ne saurais voir. Certains quartiers populaires ont été rasés et leurs habitants relogés en périphérie. Et l’on a érigé des murs haut de plusieurs mètres qui séparent les monuments de la ville. Esthétiquement c’est plutôt joli … mais où est la vie ?

 

L’inutile gardien.

Il est là, son scanner à la main. Il contrôle les billets des visiteurs et vérifie leur bagage à l’entrée du Registan, le principal site historique de Samarkand. Son uniforme est impeccable. Sa fonction est primordiale : assurer notre sécurité … je suis entré, totalement involontairement par derrière en suivant mon GPS. Nul gardien, nulle porte fermée… mais de toute façon qu’elle importance… les terroristes c’est en Europe qu’ils sont pour la plupart, pas ici. L’atmosphère est sereine, détendue, nul stress. Bien loin de l’image que veut bien nous renvoyer certains médias…

 

le bal des mariées.

Elles sont là, pimpantes et joyeuses quoiqu’un peu stressée, un caméraman accroché à leur basque. La voiture ? Une Mercedes bien sur et les robes d’un blanc immaculé. je me demande de quand date cette coutume de se marier en blanc ? Ici comme ailleurs. J’ai une photo de mon arrière grand-mère lors de son mariage au début du 20eme siècle. Elle était tout de noir vêtue. Mais ici,  les robes sont toutes blanches et l’ambiance bonne enfant. Les rires fusent. C’est la saison des mariages dirait-on. J’en ai compté au moins une vingtaine dans la journée.  Que le bonheur soit sur leur route.

 

 

Backpacker : les nouveaux voyageurs

Quand j’avais 20 ans, dans les backpakers, l’on croisait d’autres jeunes européens : des allemands principalement, des français, des anglais et quelques américains dans les premiers temps. Puis lorsque leur niveau de vie leur permit de voyager, l’on vit des italiens et des espagnols. Les années passèrent et ce fut le tour des japonais, coréens et chinois.

Désormais, dans les auberges de jeunesse, l’on trouve toutes sortent de nationalités : Pakistanais, Azeris, Turcs, Afghans ou encore Indiens et bien d’autres encore.

Mais le tourisme n’est pas la seule motivation de ces voyageurs. A Tachkent, le Turc était là pour se faire refaire les dents, le Pakistanais afin d’essayer de trouver de nouveaux débouchés commerciaux. L’Afghan quant à lui, souhaitait trouver un lieu de vie pour lui et sa famille : ancien « fixeur », il était las de cette vie sous tension permanente et surtout père d’un tout jeune garçon. Cela l’avait décidé de migrer afin de mettre sa famille à l’abri.

 

 

L’autiste voyageur

Un matin comme un autre dans l’auberge de jeunesse : mal réveillés, tout le monde se retrouvent dans la cuisine. Lorsque j’entre, il y a déjà 5 ou 6 personnes. Je les salue. Le petit-déjeuner est assez frugal : quelques tranches d’une sorte de Salami, une sorte de formage cuit, du café, de la confiture, du pain et des œufs. Oui bon, pas si frugal, mais les œufs je n’en peux plus. Mais ce matin, à la place des œufs j’ai le bonheur de trouver une sorte de riz au lait. J’adore cela. Je m’installe. Mon voisin de gauche a le nez plongé dans son portable. Tout comme mon voisin de droite du reste. Ainsi que leurs voisins respectifs. Je les regarde. Ils me font penser à des autistes. Il y a encore peu, j’étais comme eux. Le voyage, c’est l’échange. Enfin, c’était. C’est encore, certes, je force le trait volontairement et fort heureusement il y subsiste encore des espaces de discussions et de rires mais, mais … fichus écrans !

Ce matin-là, juste en face de moi, il y a une jeune asiatique. Une japonaise. Elle est la seule, avec moi, à ne pas avoir son smartphone. Nos regards se croisent. Une fois, deux fois. Un sourire. Nous commençons à discuter. Face à face, sans écran.

 

(Pour ma part, je poursuis ma cure de désintoxication. Pas complètement guéri mais cela va beaucoup mieux. Comment regarder autour de soi, lorsqu’on a le nez sur son écran ?)

 

 

 

Islamique vous avez dit islamique ?

Froid, putain, il fait froid. Environ 300 km séparent Samarkand de Boukhara mais avec la température cela tient de la torture. J’ai enfilé tout ce que j’avais : c’est la technique de l’oignon. Je m’arrête une première fois dans une sorte de restaurant pour y prendre un café. Etrange bâtisse, immense, presque en ruine. Ou plutôt jamais terminée. Je commence par demander ou sont les toilettes. Le froid, cela donne envie de pisser… le serveur m’indique une petite bâtisse à 100 m de là, le long d’un petit chemin en terre : il n’y pas de toilettes à l’intérieur. J’hésite à rester mais j’ai trop froid. L’homme m’amène dans une toute petite salle. Bonheur : elle est chauffée. Le décor est très kitch. Ce n’est pas la première fois que je vois ce genre de salle en Asie Centrale : plutôt qu’une grande salle de restaurant, l’espace est divisé en plusieurs petites salles assez intimistes. Le temps de boire mon café et je repars. Cent kilomètre plus loin, j’ai de nouveau froid et j’ai faim de surcroit. J’avise un relai routier sur le bord de la route. Plus engageant que le premier : une grande salle avec plusieurs tables dont une seule est occupée. Je m’installe et commande du Tzatzíki, une entrée turque que j’affectionne particulièrement, ainsi qu’une soupe. Je mange tranquillement, puis je vais à la caisse pour payer. La patronne, avec un grand sourire, me dit qu’elle m’offre le repas. Je lui retourne son sourire, la remercie et reprend la route le sourire aux lèvres. Oui l’hospitalité n’est pas un vain mot ici. Merci à elle.

 

La femme qui avait des dents en or

Les dents en or. Je n’en avais plus vu depuis mon enfance. A l’époque en Turquie, c’était courant. Désormais cela fait partie de l’histoire. La céramique a depuis longtemps remplacé ce couteux métal. Ici, c’est encore chose courante. Une autre voyageuse, Marie, infirmière m’a raconté avoir été invité à passer quelques jours dans une famille. Elle parle le Russe, cela facilite les rencontres ici. La femme avait les dents de devant en or. Marie lui a demandé pourquoi. La réponse l’a laissé pantoise : un coup de poing de son premier mari… Du coup, elle s’interroge : toutes ses femmes avec des dents en or …. Des coups de poing ? Les dents en or faisant office de bouquet de fleurs de la part du mari violent ? J’avoue que je me suis aussi posé la question pendant quelques jours. Jusqu’à ce que je rencontre un uzbeck, les dents de devant noircies et réduites à l’état de chicots. Il avait à peine 32 ans. Je n’ai pas osé lui demandé ce qui lui avait abimé les dents aussi vite. Mais les coups de poings n’expliquent sans doute pas toute les dents en or… fort heureusement.

 

 

Inversion des rôles.

Le jeune berger, suis ses moutons, perché sur son âne. Je m’arrête pour le prendre en photo. Geste « naturel » et parfois indiscret du touriste moyen. Photos que l’on exhibe à ses amis en rentrant. Enfin, cela c’était avant les réseaux sociaux. Désormais, on les met directement sur Instagram ou Facebook. L’enfant, en arrivant à mon niveau, saute de son âne, sort un smartphone de sa poche et prend un selfie avec moi. Je souris. Je commence à en avoir l’habitude : cela n’arrête pas depuis le début de mon voyage. Désormais, ce sont les touristes qui sont pris en photo… juste retour des choses.

 

« et si tu n’existais pas »

Pour mon dernier soir à Samarkand, je décide de tester l’un des meilleurs restos de la ville… oui, j’ai une réputation à soutenir. Et puis, la cuisine fait partie intégrante de la culture d’un pays, non ? Le restaurant est assez cosy, tout en bois. Peu de client ce soir-là, mais nous sommes en semaine et je suis arrivé assez tard : les gens mangent tôt ici. Un chanteur, un vieil homme à la chevelure blanche chante dans un coin de la salle. D’un coup, je tends l’oreille. Oui cette mélodie, je la connais…. Ecouter « et si tu n’existais pas » de Joe Dassin, chanté en Russe dans un restaurant uzbeck, cela n’a pas de prix…

 

 

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