Arménie

Le seul moyen de savoir si ça passe, c’est d’y aller.

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Un panneau sur ma gauche indique la forteresse de Smbataberd. Il y a également quelques églises dans le coin. Les églises arméniennes, si particulières, j’en ai déjà vu quelques-unes. Par contre, une forteresse pas encore. Je suis curieux. L’étape que j’ai prévue pour ce jour n’est pas très longue. J’ai le temps de faire un détour. Je m’engage. Jolie petite route de montagne ma foi. Mais très vite, elle laisse place à une petite route en terre. Puis d’un coup, j’ai le choix : soi je prends un petit pont qui semble plus prévu pour les piétons, soit je passe un guet que j’aperçois en contre-bas. Le guet, d’où je suis, me semble un peu profond et le courant assez vif, je choisi le pont. Je m’engage donc dans ce qui est plus proche d’un sentier muletier mais je rejoins vite le chemin…lequel devient de plus en plus accidenté et rocailleux au fur et à mesure que j’avance. D’un coup, cela commence à monter. Utopia avance. Un kilomètre, puis deux, puis trois. C’est de plus en plus rocailleux et pentue. La roue arrière patine. La moto tressaute. Combien de temps me reste-t-il encore avant de voir cette fichue forteresse ? D’un coup, la pente devient franchement scabreuse, plus de 45° dans de la rocaille. Mais Utopia continue de monter vaillamment. C’est le pilote qui, pris d’un doute, s’arrête. Combien de temps encore ? Suis-je dans la bonne direction ? Utopia et moi nous nous retrouvons là, coincés dans la pente. Impossible de faire demi-tour, et j’ai un gros doute sur ce qui m’attend plus haut. Impossible de béquiller également. Je pose donc doucement Utopia sur le flanc afin de réfléchir à la situation. Pour me dégourdir les jambes également. D’un coup, plus bas dans la vallée, j’entends rugir un moteur. Je ne serai donc pas le seul à monter ? J’attends, scrutant, le chemin en contrebas. Bientôt, j’aperçois un petit camion bleu montant, j’allais dire escaladant, la montagne. Je patiente. Il monte, et bientôt je le vois apparaître devant moi au détour du dernier virage. Il peine, il crache, il souffle. Ses roues arrières, pourtant pourvues d’un double essieu, patinent. Il est à vide pourtant, juste 3 hommes à bord. Dans un ultime effort, il passe près de moi, les roues tressautant sur la pierraille. Il s’arrête un peu plus loin. Deux des hommes en sortent et après les salutations d’usage, m’aident à faire faire demi-tour à Utopia. Puis, ils repartent. Et là … je me retrouve comme un con : impossible de remonter sur ma monture. L’endroit où se trouve Utopia est encore très en pente. Elle tient sur sa béquille latérale, et seule la vitesse enclenchée l’empêche de partir en avant et de tomber. Le seul problème, est qu’avec ce fichu sac jaune, je suis obligé de m’appuyer sur la moto pour monter dessus.. et j’ai peur qu’avec la pente, elle ne partent en avant. Vu la pente, la chute pourrait être sérieuse. C’est dans ces cas-là qu’être deux s’avère utile.

 

Je réfléchis aux différentes possibilités :

1/ Attendre le passage d’un autre véhicule … cela me semble aléatoire.

2/ Fabriquer un marchepieds, afin de monter sur la moto le plus délicatement possible : le risque de perte d’équilibre durant l’opération reste non négligeable.

3/ Mettre une grosse pierre devant la roue arrière en prenant la précaution de l’attacher avec une corde. Une fois en selle, tirer sur la corde afin de la retirer.

4/ Descendre la moto à la main en utilisant l’embrayage pour la freiner (impossible d’utiliser le frein avant sur une telle pente : la moto chuterait immédiatement) jusqu’au prochain faux plat.

 

C’est cette dernière option que je choisis au final. Je perds 4 litres d’eau dans l’opération. Je m’arrête un peu plus bas à mi-pente sur une petite prairie et décide d’y rester bivouaquer. A la jumelle, je scrute la pente dans laquelle j’étais, et je m’aperçois que j’étais tout proche d’une église. Mais d’où j’étais, il était impossible de le savoir. D’autre part, en examinant mon GPS et la carte, je comprends que j’ai dû dépasser depuis quelques temps déjà la fameuse forteresse. Je comprendrais le lendemain, qu’il n’est possible d’y aller qu’à pied.

Un peu plus tard, je vois le petit camion chargé de foin cette fois, redescendre précautionneusement vers la vallée.

Le lendemain, j’hésite : maintenant que je sais que cette église est peu après l’endroit où je me suis arrêté, je pourrais essayer de la rejoindre. Dans le pire des cas, je peux décharger Utopia de ses bagages et les reprendre au passage. Mais le bivouac du soir et le café du matin ont épuisé mes réserves d’eau. Peut-être, y-t-il une fontaine en haut, mais aucune certitude. Et se retrouver sans eau dans ces montagnes et par cette chaleur peut vite devenir dangereux. Je décide donc de redescendre.

Je n’ai pas filmé cette petite aventure. J’avais peur d’exploser la caméra en cas de chute, voire de me blesser moi-même avec (c’est ce qui serait arrivé à Schumacher,: la caméra fixée sur le casque en aurait endommagé la structure). Du coup, ce matin j’ai réfléchi à une option permettant de filmer tout en protégeant raisonnablement la caméra sur des chemins difficiles : j’ai fixé une attache sur le phare. J’ignore si cela ne va pas trop trembler. Il faut que je teste.

Bilan de cette histoire : un super bivouac, et super impressionné par les capacités d’Utopia qui a réussi à grimper une sacrée pente malgré son chargement et des pneus inadaptés. Un vrai tracteur. Elle serait arrivée en haut si son pilote ne s’était pas dégonflé. (PS : j’ai bu deux litres d’eau depuis ce matin)

 

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9 Comments

  • Reply Jean-Paul Scardin 24 juillet 2018 at 17 h 56 min

    Bonjour JJ, merci de partager tes tribulations en texte, en photos, en videos. Ton récit est d’autant plus plaisant que tu prends le temps de t’arrêter et de flâner. Ca fait vraiment une différence par rapport à nombre de récits de voyage, souvent express. Parmi les modifications/améliorations apportées à ta moto, il y a la selle, fabriquée sur-mesure par des artisans de la région de Marseille je crois : parvient-elle à remplir son office en ménageant cette partie sensible de ton anatomie ? Merci et bonne continuation…

    • Reply Jean-jacques ANEYOTA 24 juillet 2018 at 18 h 03 min

      Hello
      Merci. Oui, pour moi il est important de prendre le temps de flâner. Prendre la mesure du temps, celle du voyage.
      Pour répondre à ta question : oui la selle est super. J’avais beaucoup souffert en Afrique à cause de cela. La personne qui l’a faite (un mec super soi-dit en passant) a eu un grâce accident il y a longtemps et est resté handicapé. Il a donc utilisé des matériaux spécifique anti-escarre (mémoire de forme, absorption de choc). le résultat est top. Par contre, je crois qu’il a du arrêter cette activité pour raison de santé. Je lui poserai la question si tu es intéressé, on ne sait jamais.

  • Reply Bouche 24 juillet 2018 at 16 h 29 min

    Félicitations à Utopia !
    Uruhann trouve que la caméra est bien fixée, il attend les prochaines vidéos 🙂

  • Reply JM 24 juillet 2018 at 16 h 03 min

    Hello JJ
    Les premières photos, c’est le lac Sevan ?

  • Reply Luc COTTERELLE 24 juillet 2018 at 11 h 08 min

    J’y crois pas ! C’est des abricots dans le sac sur ton guidon droit !
    T’as fabriqué un alambic ?

    • Reply Jean-jacques ANEYOTA 24 juillet 2018 at 11 h 36 min

      toujours avoir son alambic voyons ! c’est la base de la survie !!! LOL

  • Reply Luc COTTERELLE 24 juillet 2018 at 11 h 05 min

    Ha ! Enfin !
    De la sueur, des cailloux, de la déshydratation !
    Des bush camp dans des paysages sauvages !
    Fini les steaks de 500 grammes, les cocktails avec leurs pailles sucrées … Les soirées apéros…
    Enfin de l’aventure, du doute, du « j’y vais, j’y vais pas …» suivi de « ben si j’y vais ! Même po peur ! »
    Enfin JJ ! Je te retrouve ! Tu m’as fait peur hein !!!
    Ca à l’air sacrément beau en tout cas ce coin !
    Enjoy !

    • Reply Jean-jacques ANEYOTA 24 juillet 2018 at 11 h 35 min

      lol, t’inquiete pas, y aura d’autres steaks à 500 gr… et d’autres galères… 😉 et oui c’était super beau. Faut que je fasse plus de photos…

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