Turquie

Un coin de paradis

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Petit compte-rendu de 3 jours dans le cratère. (texte non littéraire, juste mon journal pour mémoire …)

 

On m’avait parlé de Nemrut Gölü, un cratère volcanique, près du lac Van. Je décide d’aller y faire un tour et pourquoi pas, y passer une nuit. La montée est raide mais sans difficulté (hormis celle de trouver la route qui y mène). Elle surplombe le lac VAN immense. De prime abord, le lieu me paraît magnifique mais peu propice au bivouac : trop exposé et surtout trop venteux. Arrivé sur les hauteurs, je prends quelques photos puis je m’interroge : que faire ? la nuit ne va pas tarder. Peut-être serait-il sage de faire demi-tour afin de trouver un endroit tranquille. Je décide de poursuivre néanmoins, au moins jusqu’au col qui me permettra de voir ce fameux cratère. Je reprends mon ascension et d’un coup, il est là, devant moi, immense, majestueux. Je le contemple un instant, le souffle coupé. Je ne m’attendais pas à ce qu’il soit si grand, ni que ses parois soient si hautes. Nulle habitation ne semble avoir abimé le site. Il est juste là, sauvage, avec seulement cette petite route qui s’enfonce en son sein.  Il comporte deux lacs : un immense d’un bleu cristallin et dont les eaux sont plutôt fraiches, et un second, plus petit, d’un joli vert émeraude et chauffées naturellement par les émanations gazeuses du volcan. Mais à ce moment-là, je l’ignore encore. Jusqu’où va cette route qui serpente devant moi ? Comme je le dis souvent : le seul moyen de le savoir, c’est d’y aller. J’entreprends donc de la suivre. Au départ, elle domine le grand lac, puis s’en éloigne et entame alors une descente au milieu d’une petite forêt. Au détour d’un virage, le second lac se révèle à moi. Sur l’autre rive, au loin, j’aperçois une petite cabane en pierre, ainsi que, me semble-t-il deux tentes. La route contourne entièrement le lac. Impossible d’arriver ici discrètement !

Arrivé sur place, j’ai la surprise d’y trouver Wolfgang, un motard Allemand improbable, qui chevauche une moto diesel deux fois plus petite que lui. Nous nous étions rencontré en Cappadoce. Il y a aussi Mimar, un jeune Kurde, avocat et féru de philosophie. De fait, lorsque nous nous saluons, il tient l’un des ouvrages de Nietzsche à la main. Il y a enfin Fevzi, un second Kurde, à qui appartient la petite cabane en pierre, qui lui sert de bistro pour les gens de passage le WE. C’est l’unique construction du cratère.

La première soirée est passée à discuter philosophie et astronomie avec Mimar. Puis nous partons nous coucher. Dans la nuit, j’entends un animal roder près de ma tente. Le souffle rauque et puissant, ne me laisse guère de doute : c’est un ours.  Fevsi me confirme le lendemain qu’ils sont nombreux dans le cratère. Il vaut mieux ne pas garder de nourriture avec soi sous la tente !

Wolfang qui est là depuis 3 jours, repart à l’aube. Un peu plus tard dans la matinée, un véhicule blindé s’arrête devant la cabane. Six ou sept hommes en arme en descendent. J’apprends ainsi que ce jour va avoir lieu un festival sur les berges du grand lac un peu plus loin. Pour l’occasion, on attend des officiels et les soldats sont là pour assurer leur sécurité. Après le thé d’usage, ils se postent dans divers endroits stratégiques : un FM en haut d’un petit promontoire rocheux dominant la route, et le blindé caché un peu plus loin. Les dialogues radios me font comprendre que d’autres blindés sont positionnés plus en amont dans le cratère. Je décide donc de remettre le petit tour de cratère par des pistes que j’avais repéré le soir, au lendemain.

Le festival se passe bon enfant, et familial : les gens viennent avec leur pique-nique et le nécessaire à faire du thé et font des BBQ ci et là dans la forêt. Je suis d’ailleurs invité par une famille à midi. Plus tard, avec Mimar, nous mettons le canoë pneumatique, qu’il vient tout juste d’acheter, à l’eau et entreprenons de faire le tour du lac.

En fin d’après-midi, je discute avec un homme. D’un coup, il me pose une question que je ne comprends pas. Il soulève alors son sweet et me montre le calibre caché dessous. Suis-je armé, me demande-t-il ? Je reste bouche-bée. Non, non, je n’ai pas d’arme pourquoi ? Suspicieux, je détaille l’homme.  La trentaine, athlétique, le cheveux court. Il me fait penser à un militaire en civil. J’en suis là de mes réflexions quand un groupe d’hommes armés arrivent. Ils entourent deux autres hommes : le premier est général, et le second est le préfet de la région. Ils viennent prendre le thé. Le jeune avec lequel je discutais fait partie de sa garde prétorienne. Je comprends alors qu’il n’était là que pour m’interroger et savoir qui j’étais avant la venue de ces deux importants personnages.

Vers 18h heures le festival se termine et le cratère se vide petit à petit. Un peu plus tard, nous voyons 5 véhicules noirs aux vitres teintés contourner le lac et se diriger vers nous. Cela me fait penser à une scène de film américain. Des hommes en descendent armés jusqu’aux dents. Ni Mimar, ni moi-même ne comprenons un traitre mot de ce qu’ils disent. Ce ne sont donc ni des Turcs, ni des Kurdes. Mimar pense à des syriens, moi à des russes.

Ils repartent vers le grand lac. Quelques minutes plus tard, nous entendons une série de rafales. Puis les voitures repassent en sens inverse. Ils n’étaient là que pour faire quelques cartons.

La nuit venue, c’est feu de camp et BBQ au bord du lac. Au menu : poisson (du lac) et poulet grillé. La nuit, les ours reviennent roder. Le lendemain, je suis réveillé par le cri des mouettes (eh oui, il y a des mouettes ! et aussi des étourneaux, des martin-pêcheurs, des libellules, etc).  Mimar doit repartir. Je passe la journée à découvrir le cratère à moto et à pieds. Bizarrerie géologique : alors que la plupart des émanations sont chaudes, il y a (au moins) un trou qui exhale des vapeurs froides : il peut même servir de frigo !

 

 

 

 

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