Journal, Turquie

Pourquoi je n’ai pas aimé Pamukkale

Cela doit faire la 4èmefois que je viens à Pamukkale.

 

Les deux premières fois, c’était dans les années 70. Longtemps, j’ai gardé le souvenir émerveillé des yeux de l’enfance devant ce site si exceptionnel.

Le château de coton. Il portait bien son nom. Sa blancheur éclatante se détachait dans le lointain perché au milieu des champs de vignes et de cotons.

Un ou deux hôtel avait déjà pris position idéalement situés sur ses hauteurs. Ils permettaient aux encore rares touristes, d’aller se baigner directement dans les vasques d’eaux chaudes qui dominaient la plaine à l’Ouest. Une baignade dans ces eaux au couchant du soleil vous laissait alors un souvenir pour la vie entière. Çà et là, quelques arbres accrochés aux flancs de cet incroyable château blanc, voyaient leur troncs et branches enfermés dans une gangue calcaire dont jaillissaient des extrémités d’un vert profond, offrant à l’esthète un spectacle que seule la nature sait offrir.

 

J’y suis retourné, jeune adulte, dans les années 80. De loin, le château offrait un spectacle d’un jaune pisseux. Sur les hauteurs des hôtels sans charmes avaient poussé comme de la mauvaise herbe. Des centaines de touriste promenaient leur ennui dans des vasques à moitié asséchées. J’en étais reparti avec un sentiment de désespoir. L’homme détruit tout.

 

Par la suite, j’avais appris avec bonheur, que devant le désastre, les autorités avaient fini par prendre des mesures draconiennes : les hôtels avaient été rasé afin de préserver le site.

J’étais donc curieux d’y retourner, dans l’espoir de retrouver cette émotion de merveilleux.

De loin, le site m’est apparu au détour d’un virage. Il m’a semblé d’un blanc moins éclatant que celui dont j’avais gardé le souvenir étant enfant, mais blanc malgré tout, et non plus de ce jaune immonde qui avait fait mon désespoir la fois précédente. Et puis, il est vrai que l’enfance magnifie tout.

 

Une fois sur place, j’ai trouvé en contre-bas, un village certes touristique, mais dont les tracteurs garés çà et là, témoignent de ses origines rurales encore bien présentent.

Le manteau blanc du château de coton s’étale face aux terrasses des cafés et restaurants devant lesquels un petit parc pourvu d’un petit étang artificiel a été joliment aménagé. Sur les flancs du château, on devine un sentier qui y a été taillé afin d’en permettre l’ascension en toute sécurité.

Le cadre est agréable, les turcs toujours aussi accueillants malgré leur insistance un peu lourde parfois à essayer de vous convaincre d’entrer dans leur hôtel ou restaurant.

 

J’ai attendu le soir afin de d’y monter. La lumière est meilleure, la température plus fraiche et la foule moins dense. Le sentier part du cœur du village et l’entrée est désormais payante. Le chemin est en pente douce. Il faut retirer ses chaussures avant d’entrer dans la zone calcaire à proprement parler. Des vasques artificielles ont été aménagées sur le parcours, dans lesquels les touristes peuvent se délasser les pieds, voire s’y baigner totalement. La vue sur le village et l’étang en contre-bas est agréable. Arrivé en haut, des buvettes posées sur une plateforme en bois, permettent de se rafraîchir. Dans l’arrière-plan, le cirque du site de Hiérapolis se détache sur les collines avoisinantes.  Les aménagements m’apparaissent globalement plutôt réussi, même si le côté naturel à dû laisser place à un espace domestiqué aux fins touristiques. Malgré tout, je me demande où donc sont ces centaines de vasques naturelles qui avaient fait l’émerveillement du petit garçon que j’étais et dont les photos ont fait la célébrité du site. Dans mon souvenir, elles dominaient des plaines à l’ouest et non le village. Je les retrouve sans peine, à une centaine de mètres à peine. Elles se déversent en cascade sur un autre flanc de la colline. Hélas, je constate avec désolation qu’elles sont toutes, ou presque asséchées. De prime abord, je me dis qu’elles n’ont pas encore eu le temps de se reconstituer. J’ignore depuis combien de temps les hôtels ont été rasés. Puis d’un coup j’entends l’eau. Elle est là, juste sous mes pieds, sous ce petit chemin de bois que je parcours et qui longe les hauteurs. Oui, l’eau est belle et bien là, mais elle a été domestiquée, canalisée. Je décide de suivre le gargouillis. Où va-t-il ?… Il débouche, une centaine de mètre plus loin… sur le versant surplombant le village. Et là, il me semble comprendre l’horrible réalité : le site naturel a été sacrifié au profit de ce cadre artificiel spécialement créé pour les touristes. L’eau qui alimentaient les vasques, se déversent désormais dans l’étang artificiel créé en contre-bas. Les vasques naturelles avaient un énorme défaut : elles surplombaient des plaines vierges et non le village. Déplacer le village eut été trop couteux. On a préféré détourner l’eau, et par là même sacrifier ces merveilleuses vasques, à des fins purement touristiques. Le résultat est certes plutôt réussi lorsqu’on se place du côté du village, mais les vasques originelles sont désormais asséchées. Le sont-elles toutes l’années ? Je l’ignore et j’ose espérer que durant la morte saison, ils rendent son cours naturel à l’eau (de fait, cela me paraît obligatoire afin d’éviter le jaunissement de cette partie du site).  Mais il n’en reste pas moins que lors de mon passage, ces fantastiques vasques qui avaient marqué mon enfance et dans lesquelles j’avais eu le bonheur de me baigner sont totalement sèches.

Voilà pourquoi je n’ai pas aimé Pamukkale malgré les progrès réalisés depuis le désastre des années 80/90.

 

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