Jérôme à Velo

A la recherche du Free Flow, ou les stages de méditations de Jérôme – Episode 2

Et voici le déroulement du second stage au Japon, cette fois.

 

C’est étonnant comme ton opinion peut changer radicalement en l’espace de juste une petite heure. Une heure sur 11 jours. Une heure sur plus de 100 heures de méditation. A peine 1% du temps. Mais il se trouve que cette heure réussie a choisi le bon moment pour arriver. Le dernier jour, lors de la dernière séance de méditation de « strong determination »  comme ils disent au pays du Vipassana. Une de ces séances de torture où tout mouvement est interdit. Tu prends une position et tu la gardes jusqu’au bout. Et donc là, lors de cette séance de la dernière chance, alors que je n’espérais plus grand-chose, il est venu… le fameux free flow…  Une heure qui m’a enfin permis de comprendre de quoi il s’agit, sur quoi les fondamentaux de cette technique reposent. Tout ce que tu peux appréhender sur le plan intellectuel ne remplacera jamais l’expérience physique. C’est Gautama the Buddha qui l’a dit.

Mais bon, en commençant par le commencement. Ce stage était la copie conforme du précédent stage que j’ai pu faire au Népal. Juste un lieu différent, de nouveaux camarades méditants et un nouveau « maitre de cérémonie ». Enregistré comme ancien étudiant, j’ai eu droit à la version spartiate. Aux 5 préceptes de la dernière fois (s’abstenir de tuer d’autres êtres vivants, de voler, d’avoir une activité sexuelle,  de proférer des mensonges, de prendre des drogues) se sont ajoutés 3 nouveaux préceptes : s’abstenir de manger après 12h, de rechercher les divertissements sensuels, de dormir dans un lit. C’est le Sila, le code de bonne conduite et de moralité. Ce sont les fondations de cette technique de méditation.

Les autres règles du dernier stage étaient les mêmes. Levé 4h du mat, couché 21h, 11 heures de médiation assise au milieu, silence complet, aucune mixité, pas d’exercice physique, téléphone, ordinateur, livres, papier et crayon, appareil photo, jetés au fond du puits. A poil pour 11 jours. Tout ceci ne m’a pas posé de réels problèmes. Depuis 2 mois au Japon j’ai eu une vie bien plus spartiate et j’ai trouvé ces 11 jours plutôt confortable. Dormir sous un toit est tout de même plus reposant que la tente. Ça aurait presque pu être des vacances sans les séances de méditation qui font toujours aussi mal. Je n’ai pas pu finir la première séance de 1h sans bouger. Trop de douleurs.

Nous avons ensuite commencé avec 3 jours de méditation Anapana pour travailler son « samadhi », la prise de contrôle de son esprit. 3 jours à observer sa respiration, à essayer de ne penser à rien d’autre qu’à l’air qui entre et qui sort de ses narines, à ressentir le touché de son souffle sur sa peau. Contrairement à la dernière fois j’ai taché de suivre scrupuleusement les instructions et ne pas utiliser de « dérivatifs » pour rester concentré, comme compter mes respirations. Tout une aventure, il suffit de décider de se focaliser sur son souffle pour commencer à penser à tout et n’importe quoi. Tout un tas d’images te viennent en tête, des pensées les plus scabreuses aux plus futiles, tout un tas de casseroles commencent aussi à remonter. Mais bon, petit à petit tu arrives à rester concentré plus longtemps et à contrôler le flux des pensées. L’objectif était de tenir une minute. Je sais, ça ne paraît pas beaucoup. Mais c’est épuisant. Le soir tu te couches épuisé et complétement crevé physiquement.

Une fois son esprit aiguisé, affuté et purifié par ces 3 jours à observer sa respiration, commence alors la méditation Vipassana proprement dite. L’observation des sensations à la surface de la peau. Le principe du Vipassana étant de travailler son équanimité, d’apprendre à son esprit à ne pas réagir aux sensations qu’elles soient agréables ou désagréables. Ceci afin de mettre un terme aux causes de notre souffrance (d’après le Buddha), qui sont le désir et l’attachement pour ce qui est agréable et le rejet de ce qui est désagréable. La sagesse, qui amène le bonheur, étant de ne pas s’emballer pour s’abreuver de sensations agréables, et de ne pas s’effrayer et paniquer devant les sensations, ou évènements, désagréables. La loi universelle de la nature est en effet que tout passe, rien ne reste, rien ne dure. Pourquoi alors réagir outre mesure à quelque chose qui ne va pas durer. L’impermanence.

C’est tout le principe du Vipassana, apprendre l’équanimité à son esprit, par l’expérience physique au niveau de son propre corps, et non au niveau intellectuel. Tu observes les sensations ressentie sur ta peau en faisant bien attention à ne pas manifester d’attachement ou de désir pour les sensations agréables et de rejet des sensations désagréables.

Mon gros problème jusqu’alors, et jusqu’à cette fameuse dernière séance de méditation, était que je n’avais pu observer que des sensations plutôt désagréables, des zones mortes, des douleurs, rien de vraiment marquant. J’ai été voir le prof, lui demandant si c’était normal. Comme d’habitude j’ai reçu une réponse énigmatique : observe juste la réalité telle qu’elle est, et non telle que tu la voudrais. Ok… C’est très bien pour apprendre à son esprit à ne pas réagir par le rejet aux sensations désagréables mais pour que cette technique fonctionne je pense qu’il faut qu’il y ait un contre-pouvoir. C’est là que le Free Flow intervient… Lors de cette dernière séance, j’ai pu enfin comprendre de quoi il s’agissait. Pendant une heure je n’avais plus de douleurs et étais devenu super réceptif à mes sensations. Tu peux alors commencer à parcourir ton corps des pieds à la tête et en quelque sorte à surfer sur la vague de ces micro pulsations qui parcoure la surface de ta peau. C’est le début de la dématérialisation de ton Moi. L’objectif est surtout de rester équanime, de juste observer ces sensations agréables sans s’y attacher. Surtout ne pas commencer à jouer le jeu des sensations car cela aurait l’effet contraire.

Même sans ressentir ce Free Flow ce stage aurait été à nouveau une grande expérience. Tu en sors avec le sourire, nettoyé. Pendant 10 jours tous les soirs il y a un discours où te sont expliqués les origines de cette technique. Tout repose sur le Dhamma, l’enseignement de Gautama the Bouddha, la voie vers l’éveil… On te parle alors d’amour, de compassion, de pureté, de moralité, d’altruisme, de générosité. Pleins de notions plutôt kiffantes tellement en décalage avec ce dans quoi on baigne à la longueur de journée en écoutant les nouvelles. Ça fait vraiment du bien de sortir pour un temps de cette spirale de la négativité, de s’isoler complétement.

Maintenant le vrai challenge commence. Il est recommandé de pratiquer une heure le matin, une heure le soir. Je vais essayer. Il paraît que cela aide à vivre en harmonie et en paix et que cette harmonie et cette paix se propage ensuite à son entourage. Vous me direz…

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