Livre

Préface par Elisabeth CARRIER

This article is also available in : English

Bonjour,

Le manuscrit est désormais entre les mains de l’éditeur. Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer la préface en avant-première. Elle a été écrite par Elisabeth CARRIER. Pour rappel, il va paraître le 17 octobre prochain aux éditions “Le Monde pour passager”. Merci à Marc de me faire confiance.

« Ce qu’il faudrait, c’est toujours concéder à son prochain qu’il a une parcelle de vérité et non pas de dire que toute la vérité est à moi, à mon pays, à ma race, à ma religion. »

Sans cette simple citation, je ne serais pas en train d’écrire cette préface.

Ce sont, en effet, ces paroles d’Amadou Hampâté Bâ, notées dans un forum de discussion de travailleurs humanitaires, qui ont attiré mon attention, il y a 3 ans de cela. J’ai alors eu la bonne idée de contacter l’inconnu qui les avait écrites. Il se faisait appeler « Jean-Jacques Aneyota ».

Notre admiration réciproque pour ce grand sage que fut Amadou Hampâté Bâ ainsi que notre amour de l’Afrique ont fait de nous des amis tout d’abord dans le monde virtuel puis dans la vie réelle.

Son rêve d’Afrique est né à l’âge de 9 ans, grâce à son instituteur qui avait vécu au Tchad et qui lui parlait souvent de ce continent. J’avais exactement le même âge quand mon oncle missionnaire rentrait du Ghana pour les vacances et me faisait rêver lui aussi avec ses histoires extraordinaires.

Au bout de quelques mois, Jean-Jacques m’a prié de lire son manuscrit. J’ai alors compris pourquoi il faisait partie du forum sur lequel nous nous étions rencontrés. Dès les premières pages, sa grande générosité et son humanité se manifestent et il en est ainsi tout au long du livre.

Ayant moi-même passé une dizaine d’années sur le continent africain en tant que travailleuse humanitaire, je ne peux que m’incliner devant cette œuvre dans laquelle je me suis retrouvée page après page. Peu importe que vous ne connaissiez rien de l’Afrique, il suffira de vous laisser porter.

Cet ouvrage n’est pas un récit de voyage ordinaire, il s’agit tout d’abord d’un voyage amoureux. Celle qu’il a aimée d’un amour fou l’accompagne telle une ambassadrice tout au long de son voyage géographique. Ce n’est qu’une fois arrivé au Cap de Bonne-Espérance qu’il la laissera finalement partir. Son histoire, qui m’a fait pleurer plus d’une fois, est la plus belle histoire d’amour que j’ai lue.

Quant au voyage géographique, c’est plus un témoignage qu’un récit. Il est rempli d’émotion, d’humanité, de sensualité et d’un profond respect pour les sociétés traditionnelles. Le passage du rire aux larmes se fait sans prévenir. Le sens de l’humour de Jean-Jacques le sort plus d’une fois de situations périlleuses. Il a vite compris que les Africains aimaient rire, tout comme lui.

Je suis persuadée que beaucoup de villageois se souviennent encore de son passage. Ses tours de magie, ses drôleries et son appareil photo, qui a permis à certains de voir leur visage pour la première fois, doivent encore alimenter les palabres au coin du feu.

Parfois démuni devant son impuissance à soulager la misère, c’est en jouant le rôle d’amuseur public qu’il se console : « Je ne suis qu’un voyageur. Tout ce que je peux leur offrir, ce sont quelques petits instants d’évasion, quelques secondes de sourires. »

Son écriture est si vivante que l’on se croirait au cinéma. On a chaud avec lui, on a peur, on le voit tomber de sa moto encore et encore, on a mal pour lui, on se demande comment il trouve la force de continuer, on se décourage avec lui. On s’attache à ses compagnons de voyage qui l’ont aidé à ne pas lâcher et aux villageois qui le logent et le nourrissent malgré leur grande pauvreté.

Il nous raconte la beauté des femmes africaines, leur valeur et leur importance dans une société que l’on croit, à tort, totalement patriarcale. Le cliché de la femme soumise en prend un coup et je l’en remercie.

Ses réflexions sur la société africaine comparée à nos sociétés occidentales, que ce soit d’un point de vue social ou économique, nous montrent un aspect que le simple voyageur ne perçoit habituellement pas. Il conclut avec humour et sagesse : « Comme en toute chose, je pense que la réponse est un peu au milieu, à la croisée des chemins, une pincée d’occidentalisation pour les Africains et une cuillérée d’africanisation pour les Occidentaux. »

Si vous n’êtes pas un amoureux de l’Afrique, vous le deviendrez certainement après avoir lu ce récit. Il fera vibrer l’esprit de nomade qui sommeille en chacun de nous.

Mais sachez que l’Afrique n’est pas facile pour le voyageur, « l’Afrique est un continent dur », elle se mérite et ce aujourd’hui plus que jamais, compte tenu de la sécurité de plus en plus précaire. Il faut choisir son parcours avec précaution.

Jean-Jacques est passé par des périodes de découragement sans jamais jouer les caïds. Il avoue en toute humilité : « Une profonde lassitude m’envahit. Cette aventure est trop dure pour moi. Je ne suis pas prêt. Je ne suis pas de taille. J’aurais dû continuer à la rêver sur mon sofa. » Mais un peu plus loin, il confie : « Pour rien au monde je ne voudrais être ailleurs à cet instant précis et une joie irrépressible m’envahit. » Car telle est l’Afrique, avec elle, pas de demi-mesure, c’est le continent des extrêmes.

« Comme j’aimerais faire partie de cette normalité ! » écrit-il en évoquant cette période où il écoutait les bruits de la rue au chevet de son amour se mourant dans un hôpital parisien[1]. Jean-Jacques sait très bien qu’il se trompe, il ne fait pas partie de la normalité, il n’a jamais eu une vie ordinaire, même son enfance ne l’a pas été. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, c’est la poursuite d’un rêve qui a fait de lui ce qu’il est. Son voyage a changé sa vie, il a laissé en lui une marque indélébile. Il vit désormais à Paris, presqu’à l’africaine, entouré d’Africains et de voyageurs et prépare un nouveau rêve.

 

Élisabeth CARRIER

Après une première expérience auprès des Amérindiens et des Inuits du Grand Nord canadien en tant qu’infirmière, Élisabeth Carrier a travaillé au sein du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) pendant 30 ans. Au cours de dizaines de missions, elle a pu aider les victimes de conflits ou de catastrophes naturelles, que ce soit en Afrique, en Asie, au Moyen-Orient, en Europe ou en Amérique.

Elle est l’auteure de « Entre le Rire et les Larmes » et plus récemment, « En Mission ». Elle a reçu plusieurs distinctions dont deux doctorats honorifiques et a été nommée Officier de l’Ordre du Canada.

[1] L’auteur nous ramène dans le temps tout au long de son voyage pour nous raconter son histoire d’amour.

Previous Post Next Post

You Might Also Like